Ovide Decroly

Maria Montessori

Céline Alvarez

Howard Gardner

Pierre Rabhi

Célestin Freinet

Isabelle Peloux

Philippe Mérieu

Pédagogies

L'école alternative du Palis introduit dans son système éducatif les valeurs de solidarité de liberté, de respect, de partage, de tolérance et de coopération. Cette pédagogie répond aux problématiques sociales, individuelles et collectives de nos sociétés modernes car elle vise à favoriser le développement de la personne et le fonctionnement des groupes en créant un milieu de vie communautaire et une plus grande participation des enfants à leur processus d'éducation. 

 

Cette philosophie pose l'élève en acteur de ses apprentissages, capable de participer à l'élaboration de ses compétences en coopération avec l'enseignant.

Cette pédagogie coopérative reconnaît à tout enfant le droit fondamental de vivre des expériences positives à l'école et vise à développer l'estime de soi en chacun afin qu'il grandisse sereinement. L'élève conscient de son propre développement se découvre à lui-même afin de pouvoir à terme se lever et s'épanouir au monde en même temps qu'il découvre l'autre dans une relation coopérative de reconnaissance et de respect. La pédagogie coopérative favorise l'éducation à la conscience par l'apprentissage de la présence attentionnée tournée vers soi-même, vers les autres et vers son environnement. Conscients de leurs compétences et de celles des autres, enfants et encadrants au service d'un projet commun, feront preuve d'une complémentarité élémentaire.

 

Nous souhaitons ici évoquer les grandes figures qui nous inspirent et vont guider notre travail. Cependant, l'école s'inscrit dans une recherche et une remise en question permanente de ses pratiques afin d'accompagner au mieux chacun de nos élèves.

L’enfant a des droits et un don d’équité, de justice et de bienveillance

 

Pour ouvrir l’enfant à son devenir de citoyen, donnons-lui les clés de l’écoute, de la bientraitance, de l’altérité et de l’honnêteté. Les enfants participent activement aux règles de l’école. Ils sont responsables et acteurs par le biais de discussions, de temps de parole.

Janusz Korczak, le père des droits de l'enfant (1878 - 1942) était écrivain, médecin, éducateur. Il était célèbre sous ses différentes casquettes dans sa Pologne natale mais c’est son combat désespéré pour protéger les orphelins juifs des atrocités du ghetto de Varsovie qui a fait sa légende.

Il a perçu l’importance des méthodes d’apprentissage adaptées aux enfants, faisant passer l’éthique avant les aspects purement factuels. Il a introduit la démocratie dans l’orphelinat : les enfants avaient leur mot à dire dans les décisions, mais devaient aussi vérifier qu’elles étaient bien appliquées. Cette «république des enfants » avait un parlement et un journal. Une « Constitution » a été rédigée et un tribunal d’enfants créé pour statuer sur les cas d’injustice.  Les sanctions prononcées à l’issue des procès consistaient souvent à présenter ses excuses et à demander pardon.

Doué d’une capacité d’écoute extraordinaire et d’un talent narratif certain, Korczak n’a cessé d’étudier les réactions, les émotions et le comportement des enfants. Il a rempli ses carnets d’observations, de réflexions et d’aphorismes souvent poétiques à l’intention des parents et des autres adultes. Il est devenu un interprète, un trait d’union entre le monde des enfants et celui des adultes.

L’enfant est curieux de nature, l’ouvrir aux champs des possibles

 

Pour Jean Ovide Decroly (1871-1932), médecin, les centres d'intérêt de l'enfant sont un guide de l'éducation. La "classe" à proprement parler est partout; il préconise l'éclatement des lieux d'apprentissage : la cuisine, les magasins, la rue… La classe est un lieu d’invitation aux expériences, aux récits d’aventures, en partant toujours de l’enfant pour aller au monde environnant, de Vaison-la-romaine à la Provence, de la Provence à la France, de la France à l’Europe, de l’Europe au Monde.

Le premier objectif qu'il faut assigner à l'école, c'est l'assurance pour chaque individu de ses chances de réussite dans l'existence qui l’attend.

Dans un deuxième temps, il faut se rappeler que l'enfant est un être vivant au sens biologique du terme. Il a un corps, des sens, des besoins physiques et affectifs. Il est un être en pleine croissance dont le développement moteur exige une intense activité pratique.

 

Troisièmement, la vie se construit dans un échange avec le milieu. Une franche éducation motrice et sensorielle assure l'exploration du milieu proche, celui où se déroule la vie de l'enfant (sa maison, son quartier, son école), elle lui ouvre progressivement l'espace, la nature, la ville, l’usine, le marché, le bureau, le musée, les institutions. Elle l'aguerrit par l'éducation physique, par les travaux manuels et le maniement des outils.

 

L'éducation du citoyen est une des meilleures justification de l'école. Elle assure une vie en commun qui rabote les tendances égoïstes. “Nous apprenons plus à vivre qu'à lire”. Ces apprentissages relèvent des initiatives de l'enfant. Son ordre ne naîtra pas d'un ordre imposé ni sa liberté d'une liberté octroyée. Il lui faudra du temps pour s'accommoder de l'altérité et de la collectivité. La prise en charge de responsabilités effectives deviendra petit à petit de la coopération. Chacun doit faire ses propres expériences de co- et d'autogestion. L'autonomie ne naît pas de la non-directivité mais de la conscience des droits et des devoirs d'un membre actif de la vie sociale. L'école ainsi conçue, constitue un microcosme politique traversé de problèmes, de crises, de conflits, que l'entraide active de tous les partenaires entraîne à surmonter le mieux possible.

La pédagogie de Decroly préconise "l'initiative et la responsabilité personnelle et collective ; le respect de la personne dans la singularité, la solidarité, la valorisation des rapports sociaux, la tolérance, le respect de la différence, la priorité donnée à l'épanouissement personnel, à la créativité et au plaisir."

 

L’enfant participe activement à son parcours

Pour Célestin Freinet (1896-1966), l’enfant n’est pas comparé, classé, il peut se tromper sans être jugé. Il est responsabilisé par un contrat d’engagement envers lui-même et le groupe classe. Il ne doit déranger personne et inversement son travail doit être respecté des autres.

Deux outils dans cette pédagogie :

-les brevets de validation des acquis : chaque élève avance à son rythme, les réussites sont valorisées et ne sont pas notées,

-les plans de travail : chaque élève possède son plan de travail personnalisé qui comporte un certain nombres de tâches à réaliser en autonomie.

Le tâtonnement expérimental correspond au processus pour apprendre : faire, et en faisant, se tromper, réussir pour progressivement construire des connaissances et développer des compétences basées sur l’interaction avec son milieu.

Célestin Freinet pense que la motivation de l’enfant vient de :

-sa volonté d’agir sur le monde,

-son envie de répondre aux questions qu’il se pose,

-ses besoin de communiquer (d’où l’utilisation de la correspondance, de l’imprimerie et du journal scolaire).

 

Les classes Freinet basent leur travail sur les intérêts de l’enfant et sur la réalisation de projets. L’idée fondatrice est de développer les apprentissages dans des situations « vraies », qui ont un sens dans la vie quotidienne des élèves.

Le bébé a un potentiel et donc l’enfant en devenir a des compétences

 

Thomas Berry Brazelton (1918-2018), professeur de pédiatrie à Harvard, pionnier en matière de recherche néonatale, a eu l’intuition novatrice que le bébé avait un caractère et un tempérament individualisés, et qu’il disposait de compétences précoces dans la communication avec son entourage.

Cette idée, qu’il a défendue dès les années 1950, allait complètement à contre-courant d’une époque où le nourrisson était schématiquement considéré comme un tube digestif soumis à un cadre strict. En ce temps-là, les parents se voyaient conseiller d’utiliser des biberons et de s’abstenir de câlins et de baisers à leur enfant.

Nous sommes en 1984 et Monsieur Brazelton va illuminer notre regard par son film « Le bébé est une personne ». Il dévoile à tous les compétences du bébé et l’impact de l’affect. L’enfant est dans sa classe un individu important, respecté et entouré. Il a sa propre histoire.

L’enfant apprend par les gestes, l’action, la répétition du concret vers l’abstrait

Pour Albert Jacquard, généticien (1925-2013), il est primordial de proposer un lieu riche en expériences, en exercices pratiques pour que la main guide, appréhende pour assimiler et reproduire à l’infini. L’enfant qui comprend ce qu’il fait, choisit ce qui l’anime devient acteur de ses apprentissages.

L'intelligence, c'est la faculté de comprendre. Or comprendre vraiment quelque chose, c'est toujours long. Etre vraiment intelligent, c'est... comprendre qu'on n'a pas compris. L'intelligence est toujours l'aboutissement d'une aventure individuelle, nourrie par les stimuli extérieurs, et cela n'a rien à voir avec la génétique. Forcément, cette construction des synapses est gouvernée par les informations et les stimuli provenant de l'extérieur. 

L’enfant est précieux, unique et acteur au sein d’un groupe

Les présentations individuelles permettent à l’enfant de répondre à son besoin du jour et les travaux de groupe encouragent son besoin d’appartenance, de lien, de cohésion.

 

Philippe Meirieu, né le 29 novembre 1949 est un chercheur et écrivain français, spécialiste des sciences de l'éducation et de la pédagogie qui a consacré ses premiers travaux scientifiques à la question de l'interaction entre pairs dans les apprentissages et du travail en groupes. Il s'est ensuite intéressé à la « pédagogie différenciée » en faisant l'hypothèse que l'accès de tous les élèves aux fondamentaux de la citoyenneté imposait la mise en place d'itinéraires spécifiques adaptés. Avec l'objectif majeur de différencier sans exclure ou créer des ghettos, de s'adapter à chacun en évitant de l'enfermer dans un donné, il a mené de nombreuses recherches sur le « collège unique » et ses conditions de réussite. C'est ainsi qu'il en est venu à étudier la place du sujet dans le processus éducatif et à travailler sur les rapports entre éthique et pédagogie.

La théorie des intelligences multiples

En 1983, Howard Gardner, professeur en cognition, en éducation, et en psychologie à Harvard explique que chaque individu possède un bouquet de 8 intelligences qu'il développera plus ou moins au cours de sa vie. Ces intelligences multiples permettent à chaque individu d'être différent et de s'épanouir à sa façon. Il est intelligent de différentes manières.

 

L'intelligence verbo-linguistique : c'est la capacité de jouer avec les mots, savoir concevoir et créer des textes, à être sensible au langage...

 

L'intelligence logico-mathématique : c’est raisonner logiquement, être habile avec les chiffres, résoudre des problèmes, calculer facilement...

 

L'intelligence visuo-spatiale : capacité à créer des images mentales précises du monde; elle est sollicitée lorsque l'on est dans l'espace, on est créatif, à l'aise avec la 3D, les jeux de construction.

 

L'intelligence intrapersonnelle : c'est la  capacité à avoir une bonne connaissance de soi, à  savoir cerner ses forces et ses faiblesses.

 

L'intelligence interpersonnelle : c'est aimer être en contact avec les autres et agir de façon adaptée avec autrui.

 

L'intelligence musique rythmique : c’est sentir le rythme, être sensible aux sons et aux émotions que procure la musique.

 

L'intelligence kinesthésique : capacité à utiliser son corps de façon précise et élaborée, valorisée quand on fait du sport ou des activités manuelles.

 

L'intelligence naturaliste : sensibilité à la nature et à tout ce qui est vivant.

 

Grâce à cette théorie, l’élève prend conscience de ses capacités, de ce qui l'intéresse et le concerne personnellement, valorise son image et prend confiance en lui. Ainsi, lors des apprentissages, il peut choisir les meilleures stratégies cognitives et l'adulte peut différencier et diversifier pour mieux transmettre les connaissances.

Au sein de l’école, chaque intelligence sera sollicitée quotidiennement afin de renforcer les points forts et développer les points faibles de chaque élèves.

 

Les lois naturelles de l’enfant

Céline Alvarez, Professeure des Ecoles, lors de son expérience à Gennevilliers de 2011 à 2014, a repris et développé les recherches du docteur Maria Montessori qui invitait les générations suivantes à poursuivre sa route et à enrichir ses travaux des données contemporaines - comme elle l'avait elle-même fait en reprenant les études des docteurs Itard et Seguin. Elle les a enrichies avec les avancées scientifiques contemporaines, notamment en psychologie cognitive comportementale, en neuroscience cognitive, affective, sociale ainsi qu'en linguistique française.

L'étayage s'est notamment axé autour du développement des compétences exécutives aujourd'hui largement reconnues comme étant les fondations biologiques de l'apprentissage et de l'épanouissement global. La recherche en neurosciences affectives et sociales montre à quel point le lien humain est fondamental pour notre plein épanouissement physique, cognitif et social.

Elle insiste sur le caractère fondamental de la plasticité cérébrale qui permet à notre cerveau de remodeler constamment ses réseaux de neurones et ainsi d'apprendre des éléments utiles mais également d'oublier ceux qui ne le sont plus. Il a été mis en évidence qu'il existe des périodes critiques durant l'enfance plus propices aux mécanismes d'apprentissage et au développement du cerveau. Cela ne signifie pas qu'il n'est plus possible d'apprendre ensuite, bien au contraire, mais simplement qu’à l'âge adulte, l'apprentissage nécessitera des efforts plus intenses et explicites.

Les sciences cognitives ont identifié un certain nombre de facteurs déterminants dans le cadre d'un apprentissage : l'environnement, l'attention, l'engagement actif, le retour d'informations et la consolidation. Ces paramètres permettent d'établir deux impératifs. D'une part, il faut enseigner de nouvelles connaissances ou compétences en dose raisonnable chaque jour afin de permettre d'en traiter efficacement les informations. D'autre part, il faut répéter et faire régulièrement appel à ses connaissances afin de consolider les réseaux qu'elle met en jeu et donc la mémoire à long terme mais également pour libérer de la mémoire de travail.

L'école du COLIBRI - La pédagogie de la Coopération

Isabelle Peloux, professeure des écoles, a fondé en 2006 “l'école du Colibri” aux Amanins. Elle développe une pédagogie qui repose sur la coopération plutôt que sur la compétition et vise à apprendre aux enfants à travailler autrement tout en respectant le programme de l'éducation nationale. 

À cette fin, elle s'inspire de trois grands courants pédagogiques : le mouvement  Freinet fondé sur l'expression libre des enfants et le tâtonnement expérimental, la gestion mentale d’Antoine de La Garanderie qui explore, décrit et étudie les gestes mentaux de la connaissance ainsi que le conflit socio-cognitif qui permet à l'enfant de prendre conscience du point de vue d'autrui et de reformuler le sien. À partir du moment où l'enfant est capable d'expliquer à un autre, c'est qu'il a compris la notion. Elle l’enrichit de dispositifs facilitant une découverte de la relation et une éducation à la paix.

 

Ses quatre grands principes fondamentaux sont:

 

- L'apprentissage du vivre-ensemble qui permet aux enfants de gérer leur vie en collectivité et à définir ensemble les règles de fonctionnement.

- L'atelier philosophique qui a pour objectif d'apprendre aux enfants à exprimer leurs pensées et à écouter celle des autres pour une plus grande ouverture à la tolérance. Oraliser sa pensée permet d'éclaircir et d'intégrer les apprentissages.

Le temps d'éducation à la paix permet d'apprendre à nommer et à gérer ses états émotionnels et à ne pas porter de jugement sur soi et les autres. Au programme : apprentissage des méthodes de gestion de conflits, jeux coopératifs, travaux sur les intelligences multiples pour gagner en estime de soi.

- Le développement de l'écocitoyenneté est pris en compte dans les apprentissages. Les enfants apprennent le respect de la nature et à tenir compte du cycle du vivant.


 

L'école pour reconnecter l'enfant à la nature

 

Selon Pierre Rabhi l'école doit proposer une pédagogie qui réveille l'envie d'apprendre, stimule la curiosité et la découverte en sensibilisant l'enfant à la nature, notamment en lui rappelant sans cesse que c'est à elle qu'il doit la vie. Le reconnaître est le premier pas indispensable pour la respecter et la protéger. L'école doit reconnecter l'enfant à la nature grâce à un jardin où les enfants pourront se relier au vivant en cultivant par eux-mêmes, en observant la nature et ses miracles permanents. Elle doit disposer également d'un atelier de travaux manuels et de bricolage afin que les jeunes découvrent le potentiel extraordinaire de leurs mains. 

L'école a donc un rôle majeur, celui d'ouvrir les jeunes sur le vivant. Alors ils seront mieux armés pour comprendre  qu'il nous faut en finir avec nos attitudes pillardes et prédatrices, en finir avec notre boulimie de biens. Changer l'école semble essentiel pour envisager la construction d'un futur pour l'humanité, même si cela ne pourra pas nous dédouaner de ce qu'il appelle la puissance de la modération et de la ” sobriété heureuse”.

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